Envolées Lyriques

Comme je glissais sur quelques-uns de ces souffles,
je fus recouvert par les parfums d'Indochine.
De par les fins porteurs qui trop vite s'essoufflent,
aux hauteurs lointaines, je dus courber l'échine.

Barbouillé de couleurs, criant tu m'envolais.
Courant sur les pentes de ton Himalaya.
Quand tout ne fut plus que vert, azur et violet,
Je fus seul par delà forêts, lacs et dahlias.

Parmi les tourbillons des courants pernicieux,
rescapé des mille désastres de passage,
trouant l'empyrée, j'ai senti sur moi tes yeux,
sur tes lèvres j'ai lu un ultime message.

Transportant exilés ou cadavres bulgares,
emportant inconnues ou défuntes latines,
je filais sur les vents où ensemble s'égarent
les flâneurs avertis des brises libertines.

Des tramontanes se propagent trop de mystères.
Moi, timide Zéphyr, tiré par le Bosphore
je courus. Et parmi un paradis austère
je paradai, triomphant dans les sémaphores.

Inconscient, dispersant les ivresses bénignes,
moi puissant Borée, je fuyais tel l'Atalante.
Cette fuite en avant pareil aux quelques cygnes
se consuma au pied de l'étoile filante.

Eclairs dorés, blizzards vermeils, colonnes obscènes:
l'office silencieuse avance sous les larmes.
L'eau gagne à s'écouler sur la grande Mycènes,
A noyer à même le ciel en deuil mes charmes.

Des astres entiers aux confins des lourds espaces
se lèvent déjà au passage des ivrognes
qui retournant leurs yeux blancs dans leur carapace
fuient les beautées de Katyn, fuient vers la Pologne.

Deux soleils luisèrent dans l'éclat de l'éclipse.
Au loin les fugueurs! Des courants m'ont transporté
à cent mille lieux des sinistres apocalypses
sous l'aile desquelles pleurent cent déportés.

J'ai pourtant fui hors de ces folles Sibéries.
Sans raison, frémissant aux angles des esprits,
l'appareil fut couvert de parfum d'hystérie.
Et j'ai fui, fui et jamais plus ne fut repris.

Mais cette retraite sous des ombrelles étranges
illuminait de vert l'éternité présente
lorsque la galerne et l'ombre imprévue des anges
crevaient aux pieds nus des identités poussantes.

Je n'ai pu m'entendre voir la vie immédiate
s'effondrer en larmes sur le seuil de ta chambre.
Publiquement nue, mon envoleuse spartiate
sous ses draps, seule, ne bougera plus ses membres.


Visions

Il manque à nos adieux, un silence consommé.
A ta fuite s'exposent ces mots mécaniques qui soupirant nos absences, brûlent mes espoirs d'illuminations nouvelles.

Vois-tu, des clairières lugubres résonne la circulation des adieux dissolus. Triomphante, tu y mènes la sardane ridicule, fermant tes yeux fripons aux évidences glorieuses. Et moi, je redescends par les chemins encore empreints des tristesses dissimulées.

Ah mes douleurs! Ah mes délires souverains!
Je pensais savoir tant de choses.
Tu souffres car je souffre. Insensée, tu crois que mon histoire n'est plus la tienne.


Apologie du Vivant

Quels souvenirs me restent-ils?
Qu'importe après tout, qu'importe...
Le souvenir est cruel; la nostalgie est le fardeau de la vieillesse.

Le temps se souvient des rires et consume le présent; secondes, minutes, jours, siècles... Quel est l'instant précédent l'éternité?
La réponse appartient aux mourants.

Il fallait tout arrêter pour vivre encore un instant.
Perdre une vie à accélerer pour implorer un chagrin de vie. Quelle honte!

N'y a-t-il donc jamais de répits?
Une accalmie pour goûter la passion véritable?
Qu'importe après tout...
Certains affirment aimer. Qui croire? Il n'existera pas de vérité. On invente des hypothèses, rien de plus. Moi l'intellectuel qui lutte pour ne pas oublier. Ce n'est plus mourir que je crains, c'est t'oublier.


Cartographie

2° Ouest Paris s'impatiente

Sur le seuil, soumise, seule, elle voit et meurt
de Notre-Dame se détachant loin de moi.
- Dois-je noyer dans la Seine ces écumeurs,
les saigner rouge aux reins et broyer leurs émois?

A même mon corps, ils m'avaient trop fatigué
à devoir chaque soir aimer la solitude.
A toute épreuve me retrouver relégué.
J'attendais ma chute pour craindre l'altitude.

Baignée de mensonges, entière de violence,
la soirée a ouvert mes bras sur l'unique autre
et a dressé face à la statue d'insolence
l'échaffaud en l'honneur du quatorzième apôtre.

74° ouest, New-York s'étire

Des sommets d'acier, elle encore me regarde.
Petite reine sur son grand trône d'usage.
Courir au pied de ses murs comme par mégarde
sans jamais supporter un de mes sept visages.

Queens, Bronx ou Brooklyn selon ses réalités;
je serai là où elle seule s'émerveille
pour me concevoir entier de dualités.
Pour rejoindre tous ces cauchemars de la veille.

Je suis coupable de ne jamais pouvoir m'être:
le mensonge grossit, éclate, dégouline
derrière le corps de celui qui fut son maître
pourrit ses sourires et assiège l'orpheline.

100° est, Bangkok s'allonge

Derrière une fenêtre, elle toujours m'observe.
Rougir à la place de celui qui respire
dans un petit grenier couvert de sa réserve
et éclairé de ses incroyables empires.

La modestie s'éteint, je ne suis pas grand chose.
Les yeux jusqu'au soleil, le Bangkok que j'emprunte
est partout enflammé de ballets grandioses.
Pourtant sous la terre se serrent les défuntes.

La ville est ouverte à la sage certitude
que les secrets cachent ce qu'on souhaite y voir.
Mais vrai, moi aussi je déborde d'inquiétude;
dehors l'alchimie s'est arrêté à l'ivoire.

150° est, Sydney s'endort

Du balcon, elle me suit doucement des yeux,
me poursuis par delà buildings et avenues.
Absente, elle tremble un peu des jours délicieux
et de mes prochaines idées non maintenues.

Parfois étranger à la simplicité même,
la contradiction qui là aussi me dégoute
par deux caresses , deux fois se rapproche et m'aime
et à nos quatre yeux s'écoulent seize gouttes.

Baie intacte, ponts d'or, orages circulaires,
paradis entrouvert, geste élégant d'ivresse
où la jeunesse d'hier noire de colère
transpire sans raison au pied de la pauvresse.

4° est, Bruxelles s'oublie

Si tout cela est vrai,
souviens-toi encore un peu de moi.
Souviens-moi.


Inexorable

Donnons-moi 5 minutes.

Tout s'arrête pour me considérer enfin.
Triste spectacle: moi et moi pleurent. Il faut se convaincre que c'est de la joie. Trop tard! Le sel se mèle au sang derrière les lèvres quand je vois ce que je voulais connaitre.

Me retrouver, saisir ce que je suis. Qu'ai-je oublié?
Tout, ou à peu près. Non! Me blottir, vite, pour rattraper l'enfant. Ne rien éprouver, se découvrir l'adulte incapable de tout et seul. Seul à être seul. Mourir à agonir mais se persuader que c'est mieux ainsi.

Pourvu que... A quoi bon, je me nomme “réaliste” et me fait trembler.
Déjà? Que retenir?
Deux minutes pour chuter, une minute pour se croire grandi mais une vie à pleurer ses blessures. Seigneur, séchez vos larmes. Ne m'en voulez pas, parfois je meurs sans raison.


Dialogue incompris

Ces mots transpirent de tristesse lorsque de mes yeux je parcours ton vide.

A l'abri de l'éclat immédiat, la princesse voilée de brume se torture d'hallucinations.

L'aumône du silence a enfanté sa solitude.

Sans doute se plait-elle à relier l'incohérence à l'amour.

Dans un désert, il ne cesse de trébucher sur une succession de mensonges.

Dans l'intimité du mystère, elle a donné son nom à mon errance.

Il demande à être vu pour être moins seul.

Immobile, au creux de la grande nuit, elle imagine le périple aux milles détours.

Reste à jamais immobile et peut-être respireras-tu.

Courir pour ne pas être vu. Et demain enfin mourir.

J'explose de tant de vie, pourtant tout m'inquiète.

Quelques fois, la geïsha rompue enferme mes yeux de douceurs et me fait traverser ses fleuves.

La beauté des fleurs se cache dans nos yeux.

Derrière l'aube se cache l'infante aux nuits émerveillées.

Sous le bénitier, la robe blanche et l'éclat de rire contredisent mon exil.

Je règne sur des sentiments contradictoires dans une prison d'injustice.

Tourné vers l'aurore, l'avenir s'est revêtu de timidité et de doutes.

La pluie continue de tomber sur des quartiers d'étoiles.

L'éternité s'est oubliée derrière les paupières de la vieillesse.

J'emploie ces mêmes mots pour survivre un jour encore.

Les enfants regardent, assis sur l'herbe, l'homme qui pleure des rêves qu'il a perdus.


Correspondances

C'est entendu. Suis-je trop seul? -

A toi Arthur!

Voici! Dans une ville étrangère s'endort l'enfant oublié des rêves nouveaux. Des rivières coulent sous ses paupières. Peut-il toujours vivre?
Dehors l'homme s'essaye à aimer en souvenir des heures perdues. Quand bien même il est seul, veux-tu le connaître?

Vois! Le talent est immortel: il n'est pas là mais pourtant continuer.

Au revoir Arthur! Tout m'hésite. Ai-je défini les convictions? Si tout n'est qu'alchimie de l'espérance, tout est rien. Quelle inexactitude! J'ai pourtant voulu m'oublier pour me souvenir de là. Tout m'échappe. Toute vérité. Ai-je oublié donc perdu?
- Au contraire, tu as oublié donc tu as vu.

Merci, et demain rêver. Rêver et voler à nouveau.


L'Ordre des Fleurs

A midi j'ai suivi les couloirs de parfums.
Aux voix des senteurs s'est dessiné l'Acropole
éclairé d'encens et balayé des embruns.
Au-dessus du muguet se dressa la coupole.

Des essences ont coulé du buste des envies
se brisant en extraits aux pieds de l'hétaïre.
Des saveurs de Chypre l'ont longtemps poursuivie
dispersant les temples quelques part au Zaïre.

D'usure s'est rompue l'instable citadelle,
Au palais des senteurs, la menthe s'est éteinte.
La morte-eau poussa sur les plages cent chandelles
brûlant l'air nouveau, loin d'Athènes, de Corinthe.

Sur l'oubli j'ai marché, guidé par les couleurs.
Dans les vertes clairières des terres de Sienne
respiraient alors en choeur Bacchantes et souleurs.
leurs gueules dégradantes éclatant mes persiennes.

Des milliers de morceaux dispersés sur les sables,
je protégeai l'émail de ton doux teint spectracle
pour que lorsque sondant mes sentiments p assables,
l'or du cobalt couvre la colonne rostrale.

L'azur s'est perdu à saisir les terres d'ombres
puisque le jour passe et tu ne m'es pas encore.
Mes nuances couvertes de cent reflets sombres
gissent immobiles. Toi seul les édulcores.

Au troisième soir, j'ai repris l'ordre des fleurs.
Quatre colonnes noires où tronaient les jacinthes
ont tourné leur dos aux lointains coucous siffleurs
sur le mur de droite s'écoulait mon absinthe.

Le précieux Sarassin mêla lys et poème
pour que puisse subsister l'éclat immortelle
sur le gynécée quand prendraient fin les bohèmes
et que perlerait la soude sur la dentelle.

Quelques Narcisses ont vu les influorescences.
Tout fut détruit car trop menues et angéliques,
le temps saura toujours choisir la quintessence.
Vois l'Afrique, étouffe mes reflets alcooliques!


Déraison

J'ai été acquité de mes vices. Cependant il m'arrive d'espérer le désespoir pour ne jamais devoir me réveiller.

Voilà! Vision de ce corps qui pend; il se promène encore sur le vent. Lui qui meurt est aussi innocent, condamnant ainsi par deux fois la vie à perpétuité. Du fond de la salle, absent, j'applaudis. Mon voisin plein de ses excès se rit de tout ça. Ô jeunesse, ô fougue, tu t'oublies! Ô vieillesse, ô paresse, tu oublies! Tout est exécrable. L'hédonisme n'assumera jamais ses conséquences. Sur ses détours mon silence était mon erreur.

Adieu l'insolent, demain nous nous reverrons là, n'importe où. Le voile tombe, la pluie redouble et toi tu m'attends de temps en temps. Dois-je toujours te rejoindre?

Souffrir de bonheur ou de douleur? Faut-il considérer les sensations sans une émotion? Il se pourrait qu'on pleure un soir de joie.

Allez, réveille-moi! Te voir... Je t'imaginais autrement. Je voulais te ressembler. Brûlé au bonheur, je laisse reposer mes cendres sur tes genoux et m'endors.


Bruxelles

Au passé! De l'enfance à même le marais
seul l'esprit d'or et l'innocence ont vécu.
L'Îlot Sacré n'abrite pas les cabarets,
quand bien même les gueuses reçoivent l'écu.

Comme dispensée de toute simplicité,
la ville se saigne en trois le long de la Senne;
l'oratoire se dresse sur la laïcité
plongeant dans les ténèbres les pensées obscènes.

Les duc du Mont froid ont béni les lacs stérils
et le renvoi du thaumaturge pour l'archange.
Privé de batisseur, le génie puéril
crève sous les clameurs des nouvelles louanges.

D'un bout à l'autre de ses ports, l'autonomie
a un goût de triomphe et une odeur de peste.
Trente mille fois le corps va au feu promis.
Trente milles autres voient les libertés célestes.

La crise hurle mais la marche est triomphante.
Rien ne résiste à l'Empire carolingien:
- A moi l'esprit, à moi Castille, plie l'infante,
je n'abdiquerai que face au droit pélagien.

Plus cruel qu'à Egmont l'exécution publique,
les battus d'hier brûlent la capitale;
et le rire sauvage et machiavélique
résonne dans la gueule du soleil vital.

Mais à l'assaut des flammes résistent la ville
et tel le Phénix au sol des cités brûlantes
se dresse déjà la citadelle immobile,
le Paris nouveau, la cathédrale étincelante.

En souvenir d'un aigle perdu dans le doute,
de ses défaites et des héritages espagnols,
l'exilée autrichienne murmurant l'absoute,
exaltée, déverse sa puissance et s'isole.

Dressez les barricades aux journées de septembre.
Portici reprend la grogne ascendante en choeur.
Epée au cou, l'odeur rouge à même la Cambre,
la gorge du parent perdu brûle et l'écoeure.

Fragile douloureuse mais indépendante,
des parfums nouveaux depuis ses quartiers émânent.
Anderlecht, ses champs, ses créations indolentes
éclate enfin, réveillant par deux fois Haussmann.

Ixelles la bigarée; rues noires et avenues,
Kinshasa au rivage de la Toison d'Or.
Celle-là que personne n'avait prévenue
remonte mon âme tel un conquistador.

Dégage! Le dualisme jamais n'atteint
les royales courbes de la carne métallique
et les râles et les étreintes d'une catin.
Serre-moi Laeken et jamais n'abdique.

Plus tendre qu'au clochard la joie de la noblesse,
Evere la nouvelle caresse mon membre.
Et l'ivresse de l'autre jamais me délaisse
pénétrant l'insolite depuis une chambre.

Vierge aux lourds mamelons, Uccle la séductrice,
le corset rempli d'excès, l'herbe encore dense
pour quelques billets se pervertit et esquisse
un aller-retour empli de discordances.

Au fond, rythme lent de pas lourds sur le pavé,
trémolo sur le parvis, bruissement de feuilles,
Saint-Gilles encore entier de ses nuits dépravées,
sous un crescendo de tendresse, elle m'accueille.

Bruxelles, clapotement divin de l'écume,
esquisse des rois hideux, merveille latente,
sous ses gloussements ineffables me parfume.
- La femme éblouïe! Marie-moi célibatante!


Postlude

La chimère amoureuse a été la plume d'un recueil aux relents nauséabonds.

Le philosophe s'espère écrit, le poète se veut penser mais personne n'a rien entrepris. Etreins-moi déception et oublie mon corps fumant sur des terrils éloignés! Des chardons viendront m'encercler, les fleurs finiront de pourrir librement entre mes côtes. Quelle douleur! L'espérance s'est éteinte parmi les plaintes du nouveau-né.

J'aurais dû comprendre que la vieillesse commençait à la naissance. Atteinds-moi réalité.

Les horizons n'ont pas été repoussés assez loin que pour prétendre y rester. Les morsures de ma normalité n'atteindront pas l'extase du renouveau. Mourir sur les routes étirées n'est plus un choix.


Naufrage

Apprendrez-vous un jour mes tristes naufrages?
J'en doute...
Car moi seul ait apprivoisé leur langage.

Mes cérémonies sont écrites en blanc;
d'un blanc inquiétant et totalement vide,
tapissant tous mes rêves d'échos tremblants
il se glisse sur mon visage livide.

Blanc de trahison et de mélancolie
quand la mort s'invite et que la joie s'éclipse.
Stupeur quand s'éveille sous nos homélies
ce blanc du début et de l'apocalypse.

Connaitrez-vous un jour mes anciens naufrages?
Sans doute...
Puisque tout est témoignage.

Mes mensonges ne sont qu'effluves de bleus
qui libérés de leur opiniâtre source
glissent vers vos enclaves, vos lacs sableux,
sous l'oeil céruléen de ma grande-ourse.

Apprendrez-vous un jour mes tristes naufrages?
J'en doute...
Car moi seul ait apprivoisé leur langage.


Les Projets Nébuleux

Aux détours des avenues mystérieuses,
se terrent encore quelques rêves naissants.
J'y ai plongé mes vérités précieuses,
les ai bercé dans toi évanescent.

J'ai cru protéger les beautés latentes,
les sortant de l'ombre où toutes frisonnent.
j'ai pu échapper aux morts qui me hantent,
Leur bucher ne consumera personne.

J'ai ainsi édicté ma religion.
Tremble la France, Abdique la Flandre!
Tous s'agenouilleront dans vos régions.
Il suffit de croire, pas de comprendre.

Quand bien même je suis le seul à voir;
baissez vos armes, place aux évasions.
je saboterai votre oeuvre au noir
et deviendrai gardien de vos passions.


Mauvais Roi

La
paix
nue
n'est
plus


As
tu
Sir

haïr?
Ah?!

Ton
pays
clame
“oui”!
Drame
Dom!

On
parle
tant
Charles
ment
long!


La Grande Composition

Maison déserte,
ruisseau mélancolique,
passion inerte,
verseau angélique.

Jalousie parfaite,
défaillance séduisante,
poésie abstraite,
balance innocente.

Manteau de poussière,
soupçons célèbres,
Châteaux de prières,
poissons funèbres.

Caresses confondues,
auberge heureuse,
pécheresse inattendue,
vierge amoureuse.

Amitié éphémère,
morne saison,
sentiers amères,
bélier épris de trahison.

Printemps remplacé,
galion immobile,
instant carressé,
lion viril.

Espace éternel,
bourreau futil,
grâce solennelle,
taureau inutile.

Martyr aimable,
caractère occulte,
satire estimable,
sagittaire inculte.


Les Ombres Eblouïes

I

Ce sont ces voyages qu'aujourd'hui je préfère:
parcourir pieds nus tous les derniers éléments;
vivre au rythme des vents, de ses hurlements;
dans un autre monde, changer de planisphère.


II

Je plante dix mille fleurs près de ton coeur.
Mes yeux tel l'immense continent parfumé
effacent les violons, la valse des liqueurs
jusqu'à ce que règnent les douleurs embrumées.


III

Matin orphelin des nuits passées
vous êtes notre dernier espoir
de voir une route être tracée
entre nos aubes et le prochain soir.


IV

Quel immense bonheur lorsqu'entrant dans mon coeur
peint de gris et de noirs, amadouant mes gardes,
tu y réalises l'alchimie des couleurs
que je regarde quand parfois je m'y hasarde.

Ton soleil illumine mes vertes rizières.
Tes réveils bleus bousculent mes mortes poussières
laissant ton étoile d'or dessiner l'amour.
Ah, je saigne rouge dans ces joyeux détours.


V

On pourrait en rire:
des beautés célestes
oh il ne m'en reste
plus un souvenir.


VI

Boire
l'eau de nos désirs naturels.
Voir
Le soleil des amours sensuels.


Passion

Au neuvième jour, l'Eternel ouvra le théatre.
L'ébat mortel; comme une tragédie burlesque.
L'assaut aux mers; il succombe quelques mulâtres
dans la gueule du Léviathan titanesque.

Regret des soucis sauvages et purs du chimique!
La folie prends corps. Les Féliciens s'aglutinent.
Déchantez! Déjà s'écrit le présent gnomique:
votre Dieu est façonné à même l'échine.

Sa voix! Parfois éveille hérésie et stigmates.
Hurle pharisien! Assène tes coups, assène!
Tu as beau brailler, réveiller tes automates,
sa voix résonnera encore après la Cène.

Son corps! Par trois fois sous le blasphème s'effondre.
Meurs Golgotha, réveille-toi Jérusalem:
dehors le corps a transfiguré Rome et Londres,
le calvaire a ravagé les pharisiens blêmes.

Sa passion! Par la foi respire en l'hétaïre,
inspire les seigneurs et souffle en l'Immaculée.
A vous le crucifié! Vous pouvez m'envahir.
Que règne l'Esprit sur le malade acculé.


Introspection

Que me reviennent mes délires, mes vertiges!
Que coûlent sur moi les délices insondables!
Vrai, il ne me reste plus que quelques vestiges
de mes pensées folles, des rêves remarquables.

L'inspiration pourrit sur les chemins de l'âme.
Tombent les lambeaux de chair sous tes crépuscules.
Les passions s'effacent pour des pensées infâmes
qui jamais n'enfantent trois autres majuscules.

L'absurde description d'instants insaisisables,
ne remplacera pas l'ivresse naturelle.
Las d'encore attendre quelques nuits impropables,
Il remonte en moi des effluves atemporels.

Que me reviennent mes vertiges, mes délires!
Qu'étrenne l'alcool ma puérile innocence!
Vrai, seuls les délices nouveaux se font élire,
seuls les vestiges s'effondrent dans leur silence.


Les Dérisions Orageuses

Par les matins dorés, j'ai pris les affluents
pour de régulières ondulations blanchâtres.
Prenant dans mes voiles les souffles influents,
les écorces ventées, le merveilleux théâtre!

Je verrai des narvals, des dorsales ocreuses,
des sveltes sélaciens, des étendues splendides.
Par la circulation des lointaines macreuses
j'irai rejoindre quelques archipels candides.

Des devantures des horizons pélagiens,
je sais le mystère des rêveurs impavides
se trouant des isthmes et l'abus norvégien
exalté dans la course aux destructions avides.

J'ai cherché parmi les inclusifs flots défaits
le ferment de mes voeux pour une vie soudaine,
qui, portant à mon coeur des printemps imparfaits,
ne déflore pas les lumières de Sedaine.

J'ai observé -ô- quelques myriades d'étoiles,
le déclin d'un océan rejoignant le ciel,
la rumeur du recru berce encore mes voiles
tel l'élan fougueux du Capitan essentiel.

Les éveils soudain des aspirations confuses,
les fleuves sanieux se rencontrent dans ma tête.
Je roulerai dans ces conspirations diffuses
quand résonnera l'introït de nos tempêtes.

Je contournerai tous les silices induits,
épouserai les courbures du littoral.
Des blancs récifs loin des naufrages d'aujourd'hui,
l'échouage ne peut être que sidéral.

Les flots m'ont rapproché de leurs visions macabres.
J'ai hurlé mes larmes, redoutant les fonds sombres.
Volcans démoniaques, l'instable vie se cabre,
devant tant de naufrages et leur cortège d'ombres.

Je me suis débattu, j'ai sauvé mes préceptes,
à même une barque bouffée de moisissure.
Voyez l'envol glorieux du dériveur inepte.
Être né pour pouvoir embrasser ses blessures!

J'ai dérivé parmi les sombres marécages.
Sous les aurores je me suis pris à prier;
“vivre et mourir” dans ces pensées je me sacage,
“ivre de périr” c'est vous que je vais marier.

Ils se pourrissent dans ma tête des cadavres,
des Saladins -ô Dieu- ont saccagé mes cryptes.
J'en oublie ma vie se trainant entre deux havres,
j'en perds mes illusions, j'en brule mes égyptes.

Golfes noirâtres, bleue est l'ivresse amoureuse,
blanc le phosphore des carillons du Carême,
des écumes sur la vestale douloureuse
annoncent ensemble la symphonie des sirènes.

Comme le calfat aux yeux des mers résurgentes
perdu dans les gadrons des océans signalés.
Je souffre de peurs, de diphtérie diligente,
de quelques terribles désastres hâlés.

Et dès lors, j'ai senti les pantins s'affranchir,
poussant l'auloffée à de sinistres mesures
pour imposer leurs lois, malheur, triste Hégire,
sur les déserts bleutés s'ouvrent des évasures.

L'orgue majestueux entraîna mon tartane
dans la folle valse, miroitant l'échouage,
jugé coupable par le conseil des prytanes,
condamné à saborder mon propre afflouage.

Etrange blasphème, pamphlet insoutenable.
J'inventerai quelques temps les sables passifs,
berçant aux regards noirs des membres incroyables.
Les isthmes joignent les enfers de leur récif.

Que pourissent mes pieds, que m' assomme la fièvre!
Moi qui l'autre saison contournais les luzernes,
les flots puants me décomposent et me sèvrent,
moi le mathurin des longs estuaires modernes.

- Mon Dieu, où es-tu? Une ultime confession!
Prisonnier sous une cataracte d'écume,
un rideau sombre m'entoure de confusions,
me sèvre de ton air et me nourrit de brumes.

Que se finisse enfin la noire mascarade...
Trouble... Divagation... Meurt hideuse débacle!
Je jetterai par le fond toutes leurs dérades,
emportant l'empire des ondes et ses spectacles.

- Crevez Spadassin! Âh, tombez maudits sicaires!
L'eau seule me verra, portera le haleur.
Dix heures suffiront aux prévisions précaires.
Dix jours peindront mon corps d'une morte pâleur.

Libelles honteuses! Châtiments satiriques...
Moi le marin nouveau, percé par les flots durs,
sans un combat, bercé de trahison, j'abdique
ma peau tirée tel un masque sous la froidure.


Tromperie

Qui es-tu? Qui suis-je? Te revoir.
Il me reste six mois pour rejoindre l'éternité et tu m'as oublié.

Regarde celui que tu vois. Viens à moi l'absente, il n'est pas trop tard pour te faire naître. Je connais les secrets du corps. Crois-moi, jamais ma femme ne m'égare dans les bordels exotiques. L'orgueil est virulent mais l'égoïsme cancérigène.
Quel supplice endurer? Le choix est si vaste;
l'horreur est partout, elle a envahi le marché.
L'étalage de tes formes est grotesque. Fie-toi à moi, la nature est mauvaise conseillère.

La cause est perdue, le calvaire prend forme. Des sourires oubliés aux portes du château scintillent sur tes rides. Des cortèges de couleurs criardes défilent sur le corps abandonné. La détresse au visage pend sous tes yeux vitreux. Il est temps que tu partes; rien ne cache un ventre gonflé de laideur.

La ruine est pleine. A l'ombre du boudoir, on devine les fantômes remontant le drap sur ta sexualité. Une vie pour deux, le partage est inégal.

En dépit des saisons, les esprits accourent en rangs serrés. Sur les marches du palais, des défilés de robes noirs tel ma laideur, s'étalent. Cris et murmures, les arcades sont caressées de fourrures. Corps-à-corps, sous un bruissement de soutanes, le prétoire déborde. Les élèves ne s'y trompent pas: ta tromperie sera punie aussi vrai que notre distance grandit.


Descendance

Peuple, héritage, tragédie et enseigne,
j'ai su m'étouffer de leurs significations.
Le temps s ' allonge et rouge à mon flanc moi je saigne
à voir ma vie perdue dans des contemplations.

Profondes entailles, un corps de cicatrices,
rivière tragique aux flots bercées de prières,
vous régnez sur mon coeur, lourdes impératrices;
vous ne m'accordez que des pensées meutrières.

Des mois entiers d'hiver j'ai longé les murailles.
Décembre, janvier, j'ai vu mes droits légitimes;
Février, mars, le feu au ventre me tiraille,
il me brûle, me détourne vers ses abîmes.

Il reste de la vie! Reprend ton titre esquire;
à l'absence des noms, j'aime la solitude.
Loin de tes courtisanes, l'air que je respire
n'empeste pas le parfum de leurs certitudes.

La raison triomphe enfin! Suis-moi, je m'esseule.
Vois les califes et autres puissants souverains
trainer au loin sur leur peine des blancs linceuls
pour ne pas dérouter les prochains suzerains.

Vrai, je ne connais ni concurrent, ni marxiste!
Mais le supplice est éternelle Philistin.
Vois à nouveau, je me meurs de ce qui existe.
La répétition condamne le clandestin.


La Populaire Léthargie

Et toi n'as-tu jamais eu envie de pleurer
égaré parmi tant de déserts d'ignorance?
Les immenses nausées quand montent les marées,
que disparaissent les vestiges de l'enfance.

Je n'ai su retenir les matins silencieux,
dans ma chambre recouverte de voies lactées.
Les regrets sont éternels, les remords vicieux.
Que de débacles, que de passions contractées.

Les hallucinations latentes de mes yeux,
la brusque retraite des passives candeurs,
que moquaient autrefois les adultes précieux,
s'éteignent avec l'inquiétant fracas des grandeurs.

Mais vrai Dieu, j'ai pleuré ! Je n'ai pas aperçu
le grand mémorial, la confusion des matières.
Le cortège mortuaire comporte son lot de déçus,
le pas est lourd à l'approche des cimetières.

De tous, jamais je n'abandonne le prestige;
L'orgueil m'est fidèle, le doute solitaire.
Décadence et vertiges plus rien ne m'afflige,
si les morts peuvent encore étendre le mystère.


Le Sommeil de Pologne

Des fosses honteuses, célèbres funambules,
dansez fiers polonais des forêts de Katyn.
Quelques mascarades, funèbres noctambules,
dansez pauvres pantins, danse la guillotine.

Douze coups au clocher réveille la Camarde,
qui fracassant son talon soulèvent la terre.
Livide et blème, Karol déchire ses hardes,
les bras repliés en croix sur quelques mystères.

- Quittez vos guenilles, maladif officier!
Torses bombés, les côtes tendent l'uniforme,
tels des chapiteaux par dessus les corps d'acier,
l'eau ruiselle à travers les costumes difformes.

La faiblesse jamais n'atteindra ces messieurs!
Et comme les zeks sur des polkas endiablées
qui résonnent dans les blancs goulags insoucieux,
Bondissent en riant dans les mortes assemblées.

Les mensonges se déversant dans les tombeaux,
blessent du silence nos guincheurs voltigeants.
L'échafaud immense pétrit de son sabot,
le sacrifice des allongés diligents.

Des fosses honteuses, célèbres funambules,
dansez fiers polonais des forêts de Katyn.
Quelques mascarades, funèbres noctambules,
dansez pauvres pantins, danse la guillotine.


Matin

Aux aurores des nuits nouvelles, il tremble encore en moi quelques frissons mélangés. Sous les paupières commencent le bal des horreurs et des merveilles. Valsez princesse, valse donc naufragé.

Moi aussi noblesse, je serpente sur les ravelins de mes projets insensés, pour des meutrières y étirer un boulevard menant à la brocante du coeur. Prenez garde Seigneur, vous êtes plein de vos pensées. L'orgueil déborde et s'écoule en pleurs.

Reviens à moi Expérience. Que m'inonde la peur car moi aussi je souffre les nuaisons de mes envies. Le bonheur t'est-il exclusif? Je ne sais plus, puisqu'au front des gables se pressent de noirs lambris.

Aux aurores des matins salubres, il nait en moi des pléiades de vieillesses latentes. Mais vois-tu, je vis, je vis et je danse... Des pays voisins, je me libérerai des opéras funèbres.

Dieu! Encore une de mes folies!


Saisons

Octobre, éclaboussure de vies consumées, carillon des écumes couvertes d'ennuis; l'ombre gagne à s'étendre sur les halos pour se sentir moins seule. Au bout de la jetée -les marées chantants sous l'horizon aux doigts de rose- l'automne a rêvé les caresses du crépuscule éthéré.

Novembre, noyé des mois repris, corps aux sanglots douloureux; l'intrigue monte, crie et se pend. Deux millions de fantômes –un tablier courant s'étourdit sur leur immobilité- à la lisière des forêts applaudissent la candeur végétale de la rose immaculée.

Décembre, vacuité stupéfiante qualifiée d'utopique; un essaim d'espoir a fasciné mes pleurs. Le petit garçon éminent,les cheveux brodés de silènes et de fines bacchantes, court sur les brindilles -échos du langage sibyllin- porter la messe à l'embrun.

Février, traînée d'émotions rencontrées, quintal d'espoirs aux ondulations opaques; l'ondée s'écroule sur le grand opéra. Sur les tréteaux, trémule le comédien -les genoux croisés sur le suaire- pour que tremble l'aurore au sommet du belvédère.

Mars, rumeur des naufragés dépassés, reflets des haleines inscrites sur les vitraux enfouis; l'hérésie s'étouffe dans les contemplations antiques. J'ai compté trente mirages qui pleuvaient doucement sur le monde, l'écluse était levée, l'impunité s'est écoulée parmi notre innocence.

Avril, absente des saisons oubliées, cantate impromptue aux refrains balayés de frissons. Le mauve fait implacablement tinter midi dans la cathédrale perméable aux roseurs de leurs mariages. Non loin de là, la révolution des oeillets gonfle dans les partitions vacantes.

Saisons, fragiles sensations de l'aigle soumis aux douze doigts de l'éternité.


Identités

Je suis le mathurin des périples candides;
d'un reflux provient le souvenir des défuntes,
gonflent les voiles, fuient les voyages splendides.
Je me perds parmi les lits du vent que j'emprunte.

Je suis le rêveur, dans chaque nuit je m'évade.
Cours d'étoiles en étoiles, emprunte les blancs fils,
m'émerveille de tout, réveille les Cyclades.
L'aurore enthracite a emprunté ton profil.

Je suis un clochard, je t'ai appelé ma femme.
Sous tes râles, ma course remonte ton isthme.
Sur un tas de fumier, mes doigts secoue ton âme.
Sous tes yeux, je meurs cloué aux croix du cynisme.

Je suis l'enfant oublié, fondu dans l'inox.
Je compte quarante soleils dans mon sommeil,
me retourne, aperçois la vierge l'Equinoxe;
Ombre jaune, espace vermeil et noir réveil...

Je serai roi divin lors de l'apocalypse.
- Qu'on m'encense! Sujets, préparez-moi un culte!
Et qu'au front du ciel se succèdent les éclipses.
- Eh toi le paysan, je veux que tu exultes!

Je suis l'anarchiste, le révolutionnaire,
Poing levé au sommet des fines barricades.
- Je me ris de toi puant tyran ordinaire!
Marche funèbre! Je lui porte l'estocade.

Je suis celui qui n'est plus, je suis souvenir.
A ma personne s'est déjà substitué
le désir d'avenir. Pourrir à agonir...
Puisqu'on m'a déjà tué, mourons dénués.

Je serai prophète des visions responsables.
Sept visages flétris de jalousie s'insurgent
de mes ambitions, de mes rêves insaisissables
et sous les 'houras' tous me nomment thaumaturges.

Je suis l'inconnu, né de monceaux de misère.
De mes errances ne coule que l'incohérence.
La puanteur et mon absence se resserrent
sur ta vie. Voyez, je meurs dans l'indifférence.

Je suis le partant au seuil des horizons ivres.
Un récital viril couvre quelques automnes.
Mes souliers m'entrainent, ma dépouille doit suivre
les pléiades d'itinéraires monotomes.

Je suis encore tout, lorsque les soirs reviennent
les ambassadeurs aux réalités des Nuits.
Moi qui hier rêvais de toi, New-York et Vienne,
Je pleurerai moi, le Caire tel que je suis.